RAZBEG
Vo. Разбег
(Décollage)
Année : 1982
Pays : URSS
Genre : biographie
Durée : 1 h 18 min.
Couleur
Réalisation ; Gennadi GLAGOLEV
Scénario ; Yaroslav GOLOVANOV, Boris LOBKOV
Acteurs principaux :
Vladimir BARANOV (Sergey Korolyov), Tatyana VORONINA
(Lyalya), Aleksandr UTOCHKIN (Zhorka), Valentina SHENDRIKOVA (Mariya
Nikolayevna), Aleksandr GOLOBORODKO (Balanin), Aleksandr FATYUSHIN
(Alatyrtsev), Viktor MIKHAYLOV (Aleksandr Grigoryevich Aleksandrov), Irina
CHELNOKOVA (Natasha)
Musique : Gennadiy BANSHCHIKOV
Photographie : Vadim AVLOSHENKO
Producteur : Gennady GLAGOLEV
Compagnie productrice : Odessa Film Studios
Avions :
- -Curtiss 50 Robin C-2, N9275, document
- -Israel Redhead, NR111V, document
- -Grigorovich M-9, réplique
Notre avis :
Le film est dédié à Sergei Pavlovich Korolev (1906-1966), le
père du programme spatial russe à l’origine, avec entre autres, du lancement du
premier homme dans l’espace, via le programme Vostok. Mais dans ce film on ne
s’intéresse qu’aux premières années de sa vie, soit entre 1917 et 1924, selon
quelques repères. Le rêve du ciel est effectivement né dans sa jeunesse, lors
de cette période.
Quand il est à Odessa, en 1917 (il a 11 ans), les premiers
aéronefs que Sergei Korolev voit sont des hydravions soviétiques qui se posent
sur la mer Noire. Les pilotes sont accueillis avec enthousiasme. Sergei est
très intéressé par ces hydravions qu’ils inspectent de près. A l’école il passe
plus de temps à dessiner des avions, que des statues ou des bustes
artistiques…A la maison, il lit les œuvres des grands aviateurs russes,
Joukovski et Tsiolkovsky. Il aide les aviateurs à
entretenir les hydravions et leur petite base au bord de la mer Noire. Un jour, il se lance d’une falaise avec un cerf-volant qu’il a construit.
Mais cela se passe mal et il plonge dans l’eau alors qu’un pilote essaie de le
retenir. Les deux hommes s’en sortent bien. Le pilote lui propose alors de lui
faire faire son baptême de l’air ce qui ne va faire que renforcer sa passion
pour l’aviation. En 1922, il entre à l'École professionnelle du bâtiment à
Odessa, où il montre de réels talents pour la charpenterie. Après avoir été
diplômé de l'école professionnelle, Sergei Korolev effectue un stage qui
consiste à réparer le toit du bâtiment principal de l'Institut médical
d'Odessa. Il fréquente régulièrement l’OAVUK (la société d’aviation et
d’aéronautique d’Ukraine et de Crimée, créée en 1923) qui organise la
projection de films d’aviation et des meetings aériens. Il se lance alors dans
la conception d’un planeur, aidé par son beau-père. Les plans du planeur K-5
sont acceptés par l’OAVUK. Puis intervient la mort de Lénine en 1924, et l’URSS
va être réorganisée par un certain Staline. Il assiste alors au premier looping
d’un hydravion, mais la séance de voltige se termine mal et l’avion finit en vrille ; il s’écrase
en plein centre ville ! Sergei est catastrophé. Il décide alors de partir (en
août 1924, à 18 ans) à Kiev pour poursuivre ses études dans l’aéronautique. La
séparation d’avec ses parents, mais aussi de sa petite amie Lyalya (sa future
épouse), n’est pas facile, mais sa passion pour l’aviation le conduit ailleurs,
où elle pourra se développer…
Le consultant principal pour l'écriture du scénario et le
tournage du film fut le cosmonaute Vitaly Sevastyanov deux fois Héros de
l'URSS, bien que le film ne parle aucunement de l’espace…
Signalons quelques faits qui n’apparaissent pas ou ne
semblent pas apparaître (pour quelqu’un qui ne parle pas le Russe) dans le
film. Il adhéra à l'aéro-club local d’Odessa en 1923. Son rêve était d'entrer à
l'académie de l'air Joukovski, à Moscou, mais il fallait être pilote, ce qui
n'etait pas son cas.
Après la période du film, en 1925, Korolev intègrera la
section d'aviation de l'Institut polytechnique de Kiev. Le 29 juillet 1926 (à
20 ans), il fut admis à l'École des hautes techniques de Moscou (M.V.T.U.), qui
deviendra plus tard le célèbre Institut Bauman. Deux mois plus tard, il obtint
son diplôme d'ingénieur aéro-mécanicien et fut embauché à l'usine no 22
d'aviation de Fili, près de Moscou, qui était dirigée par le Français Paul
Richard arrivé en URSS en 1928. Il entreprit la construction d'un nouveau
planeur, qu'il pilota en octobre 1929, le SK-3 Krasnaya Zvezda (Etoile rouge)
capable d'accomplir de la voltige ; il participa à des compétitions à Koktebel,
en Crimée, et en Allemagne, où il gagna des coupes. En 1930, il devient
ingénieur principal chargé de la conception du bombardier lourd Tupolev TB-3 et
de son pilote automatique. La carrière astronautique de Korolev ne commencera
qu’en octobre 1933, quand sera créé l'Institut de recherches scientifiques sur
la propulsion par réaction dont il sera le directeur adjoint.
Le film a été tourné dans la ville d’Odessa et
Belgorod-Dnestrovsky, dont la gare a été désignée comme celle d'Odessa. Il
n’utilisa qu’un seul aéronef, une réplique d’hydravion construite pour le film,
les autres avions étant soit des maquettes, des images, ou apparaissant sur des
documentaires.
Les avions du film :
Le seul avion utilisé par la production, que l’on voit tout
au long du film, est une réplique d’un hydravion Grigorovcih M-9, un type
d’avion qui fit son premier vol en janvier 1916. Environ 500 de ces avions ont
été produits, jusqu’en 1924. Le M-9 fut le principal avion naval de l'armée
impériale russe dans les théâtres de la Baltique et de la mer Noire, lors de la
Première Guerre mondiale. Dans la réalité, les hydravions du film appartenaient en 1917 à l'escadron aérien HYDRO-3, basé dans le port commercial d'Odessa et non au pied d'une falaise.
Le Grigorovich du
film fut créé par les spécialistes de KhAI (Kharkiv Aviation Institute) en tant
que Khai-36. Maintenant, il est stocké dans un hangar de l'aérodrome de
Korotich, à Kharkiv, sans ses ailes. Cet avion, copie conforme à l'échelle
réelle du M-9, était principalement en bois et en tissu, seul le système de
montage du moteur était en métal. La réplique est très exacte mais on remarque
que la dérive a été agrandie et renforcée et il n’est pas équipé de son moteur
Renault d’origine. Il apparait aussi en vol sous forme de maquette. Il porte
l’étoile rouge sur la dérive et la faucille et le marteau sur le nez du
fuselage, insignes des nouvelles forces aériennes soviétiques, qui récupérèrent
les avions de l’armée impériale après 1917.
Il n'a pas été construit pour voler, mais pour les
décollages et les amerrissages. Cependant, l'avion était apte à voler ; en juin
1982, lors d'un tournage à Odessa, plusieurs dizaines de vols furent effectués.
L'avion a également volé à Kyiv. Malheureusement, lors d'un des vols,
l'hydravion fut accidenté. Après le film, il a été préservé par ceux qui l'ont
construit, mais, sa restauration demande un certain nombre de travaux.
On le voit (ou son image) faire un looping, comme le 7
septembre 1916, aux mains du pilote d’essai Jan Nagorski, le premier pilote à
faire un looping avec un hydravion (Korolev avait alors 9 ans).
Une maquette de biplan, plutôt difforme, ne correspondant à
rien de connu, lance des prospectus sur la foule annonçant une séance de cinéma
en plein air organisée par l’OAVUK. Korolev est devenu membre de l'OAVUK en
1923 ; le camarade. Korolev, participa depuis juin 1923 activement à tous les
travaux du cercle des pilotes de planeurs de l’ OAVUK. Lors de cette séance on
voit des extraits de documentaires des ballons libres, des planeurs (non
identifiables), puis une rangée de Polikarpov R-1, la version russe du De
Havilland Airco DH-4, produite à partir de 1920 avec différents types de
moteurs. Puis apparait un documentaire américain filmé à Glendale (CA) montrant
le Curtiss 50 Robin C-2 (N9275, c/n 344) avec un moteur radial Curtiss
Challenger de six cylindres, portant le nom de « SELF-FLYER ». Il est équipé
d’un système de pilotage automatique mécanique comportant des plans mobiles
verticaux, sous les ailes, et horizontaux, au niveau du train d’atterrissage.
Une scène totalement anachronique puisque filmée en 1932. A cette époque
Korolev participait à la fondation de la section moscovite du GIRD (Groupe
d'Étude de la Propulsion par Réaction ) en tant qu'adjoint de Friedrich
Tsander, un des pionniers soviétiques de l'astronautique.
Puis on voit (de loin) un sesquiplan faire de la voltige, un
avion qui ressemble fort à un Polikarpov R-5.
Lors d’un meeting organisé par l’OAVUK, plusieurs ballons
libres s’envolent, on voit un avion de trop loin pour l‘identifier ; quand il
se rapproche du sol, il devient une maquette de biplan, déjà vu auparavant, et
une fois atterri, c’est un Antonov An-2, vu de loin.
Quand Korolev fait un
cauchemar, un documentaire montre le crash de l’avion de course américain
Israel Redhead NR111V (c/n 97) lors des National air races de 1933, à Los
Angeles. Autre anachronisme, à ce moment Korolev avait 26 ans, et il était
alors plus intéressé par les fusées que par les planeurs ou les avions.
Le film commence avec le lancement, à Baïkonour, de la fusée
Soyouz qui emmène Youri Gagarine le premier homme dans l’espace, le 12 avril 1961. Il finit sur le lancement de
la fusée Soyouz TMA-3.
Christian Santoir
*Film disponible sur YouTube
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