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ESCADRILLE LAFAYETTE

 

 ESCADRILLE LAFAYETTE

Vo. LAFAYETTE ESCADRILLE

 

Année : 1958
Pays ; Etats-Unis
Durée : 1 h 33 min.
Genre : drame
Noir et blanc

Réalisateur : William A. Wellman
Scénario : Albert Sidney Fleischman, William A. Wellman

Acteurs principaux :
Tab Hunter (Thad Walker), Etchika Choureau (Renée Beaulieu), Marcel Dalio (l’instructeur) David Janssen (Duke Sinclaire), Paul Fix (le General américain), Veola Vonn (la patronne du cabaret), Will Hutchins (Dave Putnam), Clint Eastwood (George Moseley), Robert Hover (Dave Judd), Tom Laughlin (Arthur Blumenthal), Brett Halsey (Frank Baylies), Henry Nakamura (un Annamite), Maurice Marsac (Sergent Parris), Raymond Bailey (Amos J. Walker), William Wellman Jr. (Bill Wellman Sr.), 

Musique : Leonard Rosenman
Photographie : William H. Clothier
Producteur : William A. Wellman
Compagnie productrice : Warner Bros

 

Notre avis :

Ce film devait s’appeler « C’est la guerre », une expression couramment utilisée en France pendant la « grande » guerre et qui amusait beaucoup W. Wellman, quand il était jeune pilote en France. Ce titre fut changé en « Lafayette escadrille » par la Warner. L’escadrille N 124 Lafayette (insigne : la tête de Séminole, puis de Sioux) fut créée en décembre 1916, elle s’appelait auparavant « l’escadrille des volontaires » qui avait remplacé l’appellation « escadrille américaine », suite aux protestations des Allemands, les Etats-Unis étant alors neutres. L’autre titre « Hell bent for glory » ne s’applique qu’au film paru en Angleterre. Le héros du film commence sous l’uniforme français et finit sous l’uniforme américain après l’entrée en guerre des Etats-Unis en avril 1917 et la création du Lafayette Flying Corps en février 1918.

W. Wellman voulait que ce film soit dédié à la mémoire de ses camarades qui, comme il le dit en voix off au début du film « combattirent pour la France, moururent pour la France, portèrent des uniformes français, volèrent sur des avions français et tombèrent amoureux de Françaises ». Mais Jack Warner ne l’entendait pas ainsi et ne se contenta pas de changer le titre, mais aussi le scénario. Furieux, Wellman ne finit pas le tournage, et « Lafayette escadrille » fut son dernier film ; à 62 ans, il en avait fini avec Hollywood. Dans son livre « A short time for insanity », Wellman raconte que le scénario lui avait été inspiré par un de ses amis américains qui, en France, fréquentait une « fille de nuit ». L’histoire finissait mal ; le jeune pilote était abattu et la jeune femme se jetait dans la Seine. Warner changea tout çà en happy end et mit l’accent sur la romance plus que sur les combats (moins d’un quart d’heure de scènes aériennes). C’est ainsi que le film s’ouvre sur le mémorial monumental de l’escadrille La Fayette, situé dans le parc de Villeneuve, à Marnes la Coquette, sur fond de musique dramatique qui fait place, paradoxalement, à une mélodie suave et nostalgique qui sera le leitmotiv du film.

L’histoire est centré sur Thad Walker qui est un jeune garçon remuant qui, après avoir volé une voiture et causé un accident, décide de passer en France pour aller combattre les Allemands aux cotés des Français. Lors du voyage il rencontre d’autres jeunes américains, Duke, Dave et Bill (le fils de Wellman jouant le rôle de son père). Tous les quatre s ‘engagent dans l’aviation. Alors qu’ils sont dans un café fréquenté par les plus grands as du moment, Thad est attiré par une jeune fille, Renée, et part avec elle. Il réapparait juste à temps pour prendre le train qui les emmène vers le centre de formation, à Issoudun. L’entrainement commence avec des officiers français qui ne maitrisent pas l’anglais. Mias Thad n’a qu’une envie, rejoindre Renée. Un soir, alors qu’il quitte son cantonnement, il est arrêté par une sentinelle qu’il tue accidentellement ! Arrivé à Paris, il se cache chez Renée qui le soigne, car il a reçu une vilaine blessure à la figure. Cependant traqué par la police, il ne se résout à vivre enfermé. Il prend contact avec un officier américain, car les Etats-Unis sont maintenant partie prenante au conflit. L’officier accepte d’ignorer son passé et de l’incorporer dans le nouveau service aérien américain. Thad passe son brevet de pilote et peut réapparaitre au grand jour. Il obtient ses premières victoires. Il peut enfin se marier avec Renée !

W. Wellmann a été marqué toute sa vie par son expérience de pilote de chasse en France. Le caporal Wellman servit quatre mois dans une escadrille française la N 87 (insigne : le chat faisant le gros dos) basée pendant l’hiver 1917 à Lunéville et obtint même deux victoires. Il figure d’ailleurs dans le film sous les traits de son fils Bill qui joue aux côtés d’un Clint Eastwood débutant.

Beaucoup d’éléments vécus tirés de ses propres souvenirs et de ceux d’autres pilotes américains comme J.N. Hall, E. Rickenbacker, apportent au film ses meilleurs moments. On voit ainsi les bars fréquentés par les pilotes américains à Paris, le bar du Crillon, le Chatham (futur Harry’s) où sont évoqués les noms de Guynemer et de Lufbery. On s’amuse du Français parlé par les Américains réduit à quelques courtes phrases : « Bonjour, monsieur; ça va ? mademoiselle, vous êtes beau ; je vous aime; c’est la guerre, mon vieux!». Wellman retrace également la vie de garnison à Issoudun, les chahuts dans les chambrées, l’épisode de la sentinelle clouée dans sa guérite, l’ukulélé qui joue « Mademoiselle from Armentières » pendant l’exercice, l’avion qui se pose sur la boulangerie du camp (événement relaté par J.N. Hall dans son livre « High adventure »), l’officier français qui explique à un Anglais les règles mystérieuses du base ball, du moins telles qu’il les a comprises, sans oublier l’ Annamite chargé d’assurer l’intendance qui réveille les Américains d’un « Good morning american bums !» (Bonjour, bons à rien d’Américains ! ). L’apprentissage du vol sur Blériot Pingouin est également savoureux avec des instructeurs qui ne parlent pas l’Anglais ; puis le vol de qualification pour le brevet, «le grand voyage» ou triangle de navigation, entre Avord, Châteauroux et  Romorantin . Tout cela est pris sur le vif et n’a pas été inventé.

La plupart des scènes de combat sont tirées d’un autre film de W. Wellman « Men with wings » (1938). Signalons à ce propos que W. Wellman est le réalisateur qui a fait le plus de films d’aviation, soit une douzaine. Une base censée représenter Avord ou Issoudun qui étaient, avec Pau, les centres de formation des pilotes américains, fut reconstituée avec ses hangars Bessonneau à Santa Maria, mais les paysages californiens (montagnes, rangées d’eucalyptus, damiers des vergers et des champs irrigués, routes rectilignes) correspondent mal avec ceux de la Champagne berrichonne, ni même avec ceux de la Lorraine.

Bref, un film qui ne manque pas d’intérêt, mais on peut être aussi furieux que Wellman lui même car le sujet aurait mérité mieux.

 

Les avions du film :

La partie avion fut traitée par Frank Tallman qui fournit son authentique Sopwith Camel et un Bleriot XI. Ce dernier avion fut effectivement utilisé comme avion école à Issoudun. Une réplique de Bleriot « rouleur » ou Pingouin, fut construite, sans toutefois les patins dépassant l’hélice qui devaient éviter que l’avion ne passe sur le dos.

Le tournage utilisa des Garland Lincoln LF-1, qui sont des copies de Nieuport 28 avec des ailes plus courtes, des mats d’ailes renforcés et un moteur Continental de 220 chevaux, au lieu du Gnome 9N de 160 chevaux d’origine. Le Nieuport 28 n’étaient pas aimés par les Français ; l’extrados de l’air supérieure avait la mauvaise habitude de se désentoiler en piqué ! Ils le refilèrent aux escadrilles américaines bien obligées d’accepter ce qu’on leur donnait, comme la N 124 ou le 94th Aero Squadron, la célèbre escadrille « Hat in the ring ».

Les Nieuport 17, 21, 23 de la N 87 (dont l’insigne est appelée « le chat noir ») sont remplacés par des Travel Air 4000, et au moins un Tommy, autrement dit un Thomas Morse S4B Scout (N 1801 sur la dérive). Les avions allemands sont tous des « Wichita Fokker », autrement dit des Travel Air 3000/4000 camouflés en Fokker DVII, décorés avec croix de fer et peints en noir ou avec rayures. Il y a cependant parmi eux, au moins un vrai Fokker D VII, à la silhouette très reconnaissable, plus élancée que celle des Travel Air.

Dans les films américains comme dans les films anglais, voire français, le Fokker D VII (mis en service, rappelons le, en avril 1918) est systématiquement affublé d’une croix de fer alors que la directive 41390 de l’Idflieg en date du 20 mars 1918, que tout spotter bien né connaît naturellement, stipulait que tous les avions allemands devaient porter la « Balkenkreuz » (croix latine) à l’échéance du 15 avril 1918. Autre manie cinématographique à laquelle ce film n’échappe pas : les mitrailleuses actionnées à la main, et il y en avait généralement deux ; lâchez le manche d’un Nieuport et aussitôt il se met à faire des siennes ! Bien sûr, les commandes des armes étaient comme aujourd’hui, regroupées sur le manche.

Le dernier combat du film est entre un Garland Lincoln LF-1 et un Travel Air-Fokker D.VII, mais dans les gros plans du cockpit, tournées en studio, le Garland cède la place à un Thomas Morse S4B. Ce genre de substitution est classique dans le film d’aviation, il y a même pire !

 

Christian Santoir

* Film disponible sur amazon.fr

 

 


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