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LE GRAND CIRQUE

 

LE GRAND CIRQUE

 

Année:1950
Pays : France
Durée : 1 h 43 min.
Genre : guerre
Noir et blanc

Réalisateur : Georges PECLET
Scénario : André CASTELOT, Joseph KESSEL

Histoire originale : Pierre CLOSTERMANN, d’après son livre «Le grand cirque » (1948)

Acteurs principaux :
Pierre CRESSOY (Pierre Despont), Roger SALTEL (Jean Loessig), Jean BARRÈRE (Jacques Desmarets), Pamela SKIFF (Patricia), Pierre LARQUEY (Le curé), Manuel GARY (le mécanicien), Renée DENNSY (la bonne du curé), Anne LAURENS (Sybil), Liliane ERNOUT, Alexander DUNDAS, Edouard DELMONT (Le paysan), Jean CHRITIAN (commandant Mouchaud), André CHANU (le toubib)

Musique : Marcel STERN
Photographie : Paul COTERET
Conseiller technique : Pierre CLOSTERMANN
Directeur de production : André BERTOUX
Production : Imperator Films

Avions:

  • -Douglas Boston Mk. III et V, doc.
  • -Focke Wulf Fw 190A doc.
  • -Messerschmitt Me 109G, doc.
  • -Messerschmitt Bf 110G-2, doc
  • -Supermarine Spitfire Mk.IX

 

Notre avis:

C’est en 1948 que Pierre Clostermann publie un livre sur ses souvenirs de guerre, alors qu’il était pilote de chasse des Forces Françaises Libres en Angleterre. Ce livre « Le grand cirque » devint vite un best-seller. Il commence en 1942, quand Clostermann entre dans une école de chasse de la RAF et se termine à l’armistice. Pierre Clostermann compte alors trente trois victoires homologuées et cinq probables, ce qui en fait le « premier chasseur de France » de la seconde guerre mondiale. Le titre du livre fait référence au jargon des pilotes de la RAF qui appelaient « circus », ou « show », une mission d’escorte de bombardiers avec pour but de faire sortir la chasse adverse pour l’affronter.

Le film est largement inspiré du livre. Les personnages, sous d’autres noms, sont authentiques et on retrouve derrière Pierre Despont, Pierre Clostermann, derrière le commandant Mouchaud, le commandant Mouchotte…En outre, on peut faire confiance à Clostermann qui fut le conseiller technique du film et qui participa au montage, pour que tout soit fidèle à « la plus rigoureuse vérité », comme indiqué en prologue.

Le film commence avec le livre. Une page s’ouvre sur une photo de groupe qui s’anime. On est en 1943 à Biggin Hill, au groupe de chasse français « Alsace » (341 Squadron), dont le chef est le commandant Mouchaud. Parmi les pilotes qui posent pour une photo de groupe, trois amis, Pierre, Jacques et Jean. Jacques, s’intéresse de près à une WAAF, Patricia, qui est la nièce de l’officier de liaison britannique. Les missions se suivent avec leurs pertes et les rangs s’éclaircissent. Les Français se distinguent par une certaine indiscipline que les Anglais essaient de corriger, sans grand espoir..Entre deux missions, les pilotes oublient un moment leurs angoisses, au mess, haut lieu de l’entente (très) cordiale entre les WAAF anglaises et les pilotes français. Jacques fait une mission de calibrage radar au dessus du nord de la France, infesté de chasseurs allemands. Au retour, son train endommagé par la Flak, refuse de sortir et il se pose sur le ventre. Il est légèrement blessé, et son séjour à l’hôpital lui permet de resserrer ses liens avec Patricia. Jean est abattu et gravement brûlé au visage et aux mains. Il réussit néanmoins à échapper aux Allemands, caché par des Français qui l’aideront à rejoindre l’Angleterre. Une des principales préoccupations du groupe est d’éliminer les chasseurs du JG Richthofen. Une vaste opération est montée qui consiste à bombarder en même temps tous les terrains de dispersion de ce groupe, et forcer ainsi les Allemands à décoller. Le commandant Mouchaud qui est la tête du groupe est abattu. Jacques est descendu à son tour, mais réussit à sauter en parachute. Au sol, il est récupéré par un curé et caché dans un corbillard ! Le débarquement de Normandie a lieu et le groupe se déplace sur le sol français. Jacques et Pierre sont détachés à la RAF pour commander de nouvelles escadrilles. Si Paris est libéré, la guerre se poursuit en Hollande. Les pertes s’accumulent, la Luftwaffe n’ayant rien perdu de son mordant ; les « sweeps », des missions d’attaque au sol où les pilotes sont exposés à une DCA intense, sont de plus ne plus risquées. Pierre est nommé chef de « wing » et décoré la Distinguished Flying Cross. Jacques reçoit enfin des nouvelles de Patricia qui travaille dans un centre de contrôle, à Anvers. Mais il disparaît le dernier jour de la guerre, pendant que Patricia suit en direct ses derniers instants, par radio. Quand l’armistice est déclarée juste après, l’humeur des pilotes n’est guère à la fête. Ils pensent au prix payé, et à tous leurs camarades morts. Pierre fait un dernier adieu à son avion qui lui a sauvé la vie tant de fois.

Toutes les scènes du film sont tirées du livre et correspondent à des faits réels, comme l’attaque contre les bases des « nez jaunes » du JG2 Richthofen (parce que le capot moteur de leurs avions était en partie, ou totalement, peint en jaune), ou la scène de la virée en voiture de deux pilotes éméchés qui envoient dans le fossé une Jeep de MP américains. Il s’agissait en réalité de pilotes néo-zélandais qui avaient emprunté la voiture de l’agent administratif de l’escadre et qui heurtèrent une voiture de l’état-major, bourrée de généraux ! L’intrigue amoureuse entre Jacques et Patricia ne figure pas dans le livre qui ne parle jamais de la vie privée des pilotes, et a été ajoutée pour les « besoins » du film. L’as allemand abattu, appelé « von Graf » (à ne pas confondre avec Hermann Graf), était en réalité Walter Novotny, qui se tua le 8 novembre 1944 au commandes de son jet Me 262 (suite à un accident selon les dernières recherches). Il comptait alors 258 victoires et était unanimement respecté, y compris dans les rangs alliés.

Ce film reçut un accueil honorable, sans plus. Les amateurs d’avions furent quelque peu déçus. Les avions ne sont vraiment bien filmés qu’au sol, ou en vol de formation au-dessus des nuages. Les combats aériens décrits avec talent par Clostermann dans son livre, ont surtout été reconstitués avec des films d’archives et des extraits de cinémitrailleuses que l’on retrouvera dans de nombreux autres films.

Le générique remercie, entre autres, les officiers des groupes de chasse Nice et Provence et les pilotes du CEV (Centre d’Essais en Vol) de Brétigny et du GAEL (Groupe Aérien d'Entraînement et de Liaisons) de Villacoublay.

 

Les avions du film :

Ce sont principalement des Supermarine Spitfire Mk. IX, que l’on peut voir sous toutes les coutures. Ces Spitfire proviennent des groupes de chasse GC 1/7 « Provence » et II/1 « Nice » qui étaient basés en Algérie, à Oran-La Sénia (BA 141) où eut lieu une partie du tournage, le reste s’étant déroulé sur la base de Velizy-Villacoublau (BA 107) et au CEV de Brétigny.

Ils portent pendant la majeure partie du film le matricule « NL » du Fighter Squadron 341, alias GC III/2 « Alsace », auquel appartint Pierre Clostermann en 1942-43 et qui participa au débarquement de Normandie. Ces avions portent de faux serials comme « BS 602 » et « NG7415 ». Ce qui ne va plus, c’est quand, vers la fin du film, on voit apparaître des Spit immatriculés « JF ». C’était le code du Squadron 3 équipé de Hawker Tempest Mk.V, qui fut la monture de Clostermann à partir de mars 1945. Le Tempest (JF-E) est le seul avion qui porta le nom « Le grand Charles » que l’on voit sur la porte d’un Spitfire, dans le film. Rappelons que Clostermann vola dans plusieurs autres groupes de chasse : 602 Sqn. « City of Glasgow » (code LO), puis, 274 Sqn.(code JJ), 56 Sqn.(code US), sur Tempest.

Ce film se distingue des autres films de guerre par une très judicieuse utilisation de bandes d’actualité, ou de films de propagande, qui sont remarquables par leur qualité et leur netteté, au point que souvent on ne peut faire aucune différence avec les scènes tournées. On voit ainsi des décollages époustouflants de FW 190 et de Messerschmitt Me.109G, un vol de Messerschmitt Bf-110 (dont un rare Bf 110G-2/R1 équipé d’une gondole ventrale munie d’un seul canon de 37 mm), avec des gros plans sur les appareils, les cockpits; lors des strafings, sans le « tremblé » habituel, on peut aisément reconnaître les avions mitraillés, au sol : Junkers Ju 88, Ju 86, Savoia Marchetti SM 81…

Les avions allemands portent généralement des codes d’usine (comme le Me 109G-6 « RG+BL » « 5 » blanc, ou le Fw.190 « BQ+D*»), mais sur un des Messerschmitt Me-109G on distingue nettement l’insigne du JG.27 qui combattit sur le front de Normandie, entre autres. Enfin, ces documents fournissent également de très bonnes vues de Douglas Boston Mk.III et V, ces derniers étant munis des bandes de débarquement. Ce sont ceux du 342 Bomber squadron « Lorraine » (code « OA ») basé en Angleterre.

Clostermann, désireux d’utiliser de vrais avions, n’avait pu trouver, ni Me.109, ni Fw.190, déjà introuvables en 1949, malgré les milliers d’exemplaires produits. Il parvint néanmoins à obtenir, grâce à ses relations, l’autorisation d’utiliser des NC.900 construits dans l’usine souterraine de Cravant (Yonne) et parqués à Brétigny-sur-Orge, en attente de leur réforme. Cinq pilotes furent sélectionnés pour effectuer des prises de vues aériennes. Le 22 juin 1949, les NC.900 s’alignèrent devant les caméras, mais seuls trois d’entre eux purent décoller suite à des problèmes techniques. Ils évoluèrent pendant 45 minutes dans les airs, mais sans radio, les pilotes ne pouvaient communiquer entre eux, ni avec l’avion caméra, un NC.702 Martinet. En outre, les avions passèrent trop prés de ce dernier et ne furent pas filmés correctement. De nombreuses vues furent ainsi éliminées au montage, au point que ces NC.900 n’apparaissent pas à l’écran ! Tout au plus, peut-on apercevoir, très rapidement, un cockpit de NC.900 (filmé au sol de près et légèrement entrouvert) montrant un pilote allemand venant d’être touché.

En arrière plan, dans plusieurs scènes, apparaissent, de loin, des Republic P-47 Thunderbolt français qui étaient stationnés en 1949, au CEV de Brétigny, mais aussi sur la base 107 de Vélizy-Villacoublay, alors qu’ils appartenaient au GAEL.

Enfin, toujours en arrière plan, au début du film, lors de l’atterrissage à Villacoublay d’un Spitfire qui vient d’attaquer des  Bf.110, on entrevoit (en une fraction de seconde) un avion anachronique et très intéressant : le premier SNCAC NC.211 Cormoran de série (F-WFKH), un gros quadrimoteur de transport militaire qui avait fait son premier vol le 9 avril 1949 en atterrissant à Brétigny. Lors du tournage, il poursuivait ses vols d’essais qui prirent fin le 27 juin 1949, après la liquidation de la SNCAC.

 

Christian Santoir

* Film disponible sur amazon.fr

 

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