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V NEBE NOCHNYE VEDMY

 

V NEBE NOCHNYE VEDMY

Vo. В небе «ночные ведьмы»

(Dans le ciel, les "Sorcières de la nuit")

 

Année : 1981
Pays : URSS

Genre : guerre
Durée : 1 h 20 min.
Couleur

Réalisateur :Yevgeniya ZHIGULENKO
Scénario : Vladimir VALUTSKY, Yevgeniya ZHIGULENKO

Acteurs principaux :
Valentina GRUSHINA (Ksana Zakharchenko), Yana DRUZ (Gallya Polikarpova), Dmitri ZAMULIN (Fedya Pavlov), Nina MENSHIKOVA (Marya Ivanovna), Valeriya ZAKLUNNAYA (Major de la Garde Dusya Boguslavskaya), Tatyana MIKRIKOVA (Yulya Nesterova), Yelena ASTAFYEVA (Katya Maksimova)

Musique :Yevgeni KRYLATOV
Photographie : Lev ROGOZIN
Compagnie productrice : Gorky Film Studios

Avions :

  • Polikarpov U-2/Po-2
  • Yak-18A

 

Notre avis :

« On n'est jamais mieux servi que par soi-même »...C'est sans doute ce qu'a dû se dire la réalisatrice de ce film sur les femmes soviétiques, pilotes de bombardiers, pendant la Grande Guerre Patriotique. A cette époque, Yevgeniya Zhighulenko était chef d'escadrille au 588° Régiment de Bombardement de nuit de l'Armée Rouge. Ce régiment féminin devint, après sa participation aux combats sur le font de Crimée, en 1943, une unité d'élite, le 46° Régiment de bombardement de la Garde « Taman ».

La lieutenante Zhigulenko

Le 46° Régiment entra en service opérationnel sur le front sud, en mai 1942. Il était dirigé par le commandant Yevdokia Bershanskaya qui resta à sa tête pendant toute la guerre. Combattant du Don à l'Oder, ce régiment, le seul entièrement composé de femmes (encadrement, pilotes, mécaniciens, armuriers...) des trois régiments aériens féminins, accomplit environ vingt quatre mille missions de combat et largua des milliers tonnes de bombes. Zighulenko (968 missions) finit la guerre décorée de l'étoile d'or des Héros de l'Union Soviétique, entre autres. Elle était donc particulièrement bien placée pour évoquer et honorer ses camarades de combat, dont beaucoup ne virent pas la fin de la guerre.

Le titre fait allusion au surnom qu'auraient donné les Allemands (selon François de Geoffre, dans son livre "Normandie-Niémen"-1960) à ces visiteuses nocturnes, leur principale mission étant le harcèlement, afin d'exercer une pression permanente sur les troupes ennemies, en les maintenant constamment en alerte.

L'histoire commence avec le retour du commandant de l'escadrille, Yevdokia Bershanskaya, après une nuit harassante au dessus des lignes ennemies. Peu après, deux jeunes femmes vont chercher leur camarade Gallya, en convalescence dans un hôpital où elle se morfond; celle-ci fait le mur pour rejoindre son unité...Lors d'une mission, après avoir échappé à un chasseur, Ksana et Gallya atterrissent près d'une famille de réfugiés mitraillée par les Allemands. Le seul survivant est un garçonnet, Fedya; elles l'emmènent dans leur avion alors que des tanks allemands approchent. Fedya est adopté par les filles de l'escadrille et devient le protégé de Ksana. Les conditions de vie sur la base sont très dures et on doit construire des pistes en bois, la boue empêchant les décollages. Mécaniciennes et armuriers travaillent jour et nuit, dormant parfois sous l'aile de leurs avions. Lors des combats en Crimée, on demande à l'escadrille de ravitailler les troupes de la marine soviétique encerclées. Lors du débarquement, les filles attaquent les projecteurs allemands dirigés sur les assaillants. Quand la presqu'île de Taman est reconquise, les filles peuvent souffler un peu et prendre enfin un bain dans la mer, suprême plaisir. Les Allemands mettent en service des chasseurs de nuit. Une nuit, l'avion de Ksana et Gallya est touché. Gallya peut sauter en parachute, mais Ksana est tuée dans son cockpit. Gallya a atterri dans les lignes ennemies et rejoint son unité quelque temps plus tard, en se cachant le jour et marchant la nuit. Le jeune Fedya, qui avait quitté le groupe pour rejoindre une école militaire, apprend, lors d'une visite, la mort de Ksana et il en est profondément affecté. Mais les combats continuent; la victoire est en vue...

Ce film, ponctué de musique nostalgique, à la mode russe, intègre de nombreux détails et situations vécues, tirés des carnets de vol de Zighulenkho et d'autres pilotes du 46° Régiment. Il montre la difficulté des missions effectuées de nuit, sans aide radio, en naviguant à l'estime sans repère, dans des habitacles ouverts à tous les vents, hiver comme été. Les équipages volaient isolés et ne collaboraient que sur l'objectif, à deux ou à trois, un avion étant chargé d'attirer la DCA sur lui, pendant que les autres bombardaient. Sur l'objectif, il fallait voler, aveuglé par les projecteurs et au milieu des traceuses de la Flak, dans une frêle machine faite de bois et de toile. Le moindre impact était fatal. La tactique utilisée par les filles du 46° Régiment consistait à couper le moteur à l'approche de l'objectif et d'effectuer une passe de bombardement en vol plané. Elles redémarraient le moteur un peu plus loin, pour prendre le large. Ces jeunes femmes étaient donc particulièrement « gonflées »... Leur avion, le Po-2, devint le symbole de l'héroïsme des aviatrices de l'Armée rouge.

Les « Sorcières de la nuit » ne faisaient pas qu'empêcher la Wehrmacht de dormir, elles bombardaient, à l'occasion, les gares de triage, les dépôts de carburant et de munitions, les batteries de DCA et même les colonnes blindées. En octobre 1943, le 558° Régiment appuya le débarquement des troupes soviétiques dans la presqu'île de Kerch. Il ravitailla aussi (comme montré) les troupes encerclées, en vivres et en munitions, en volant très bas, afin que ce ravitaillement ne tombe dans les mains ennemies ou dans la mer. Quand on voit, une navigatrice descendre sur l'aile en plein vol, pour libérer un chargement, il s'agit là d'une manœuvre bien réelle; des femmes y eurent recours aussi quand des bombes restaient bloquées dans leur râtelier sous les ailes…

Des équipages firent jusqu'à quinze missions par nuit et entre deux missions, pilote et navigateur restaient le plus souvent dans leur cockpit pour un somme rapide ou pour boire une tasse de thé bien chaud. Pour l'atterrissage, les terrains étaient balisés par des goose necks, n'éclairant que dans une direction donnée, pour ne pas signaler leur présence à l'ennemi tout proche. Les pilotes, en plaisantant, disaient qu'elles finiraient par se poser à la lueur de la cigarette du commandant !

Le film montre un équipage qui laisse ses parachutes au sol. En fait, le parachute représentait un poids important pour les femmes qui, fatiguées, engoncées dans des tenues de vol fourrées encombrantes, rarement à leur taille, avaient du mal à sortir de leur cockpit avec cet équipement. Si elles se parachutaient au dessus des lignes ennemies elles risquaient d'être capturées; vu les traitements infligés aux prisonniers russes par les Allemands, et courant, en plus, le risque d’être violées, elles préféraient se suicider...Au dessus des lignes amies, leur biplan pouvait faire un atterrissage forcé sans trop de mal, vu sa faible vitesse. Jusqu'en 1944, la plupart des filles ne portèrent donc pas de parachutes; après, son port devint obligatoire.

Le film montre aussi que la chasse de nuit allemande pouvait être efficace contre les Polikarpov. Un avion pris dans les projecteurs était une proie facile. Le 31 juillet 1943, un chasseur abattit ainsi quatre biplans (huit morts) en moins d'un quart d'heure, dans le voisinage de Krymskaya.

 

Les avions du film :

On peut s'étonner qu'un régiment de bombardement de nuit soit équipé de Polikarpov U-2/Po-2, un avion d'entraînement, familier des aéro-clubs d'avant-guerre, dont le premier vol remontait à 1927. D'une conception simple et rustique, il était propulsé par un moteur Shvetsov M-11D à cinq cylindres en étoile, de 115 chevaux, lui assurant une vitesse maximale de 142 km/h et une autonomie de 450 km environ. Cet avion de bois et de toile, démuni de blindage, brûlait particulièrement bien et il n'était pas question de l'employer de jour, bien qu'il assura aussi des missions de liaison et d'évacuation sanitaire, à l'arrière. Son point fort était sa basse vitesse (65 km/h à l'atterrissage) qui lui permettait de se poser n'importe où, rue de village, champ, clairière... Sa lenteur, alliée à une grande maniabilité, compliquait aussi la tâche des chasseurs dont la vitesse de décrochage était supérieure à sa vitesse maximale ! C'était aussi un appareil facile à entretenir et à piloter, difficile à mettre en vrille. Sa faible vitesse permettait aussi de faire des bombardements de précision sur des cibles ponctuelles (dépôts, postes de commandement, ponts...) et à proximité immédiate des lignes amies, les équipages déposant pratiquement leur bombes à la main ! Ces avions étaient basés à proximité du front et pouvaient intervenir rapidement, à la demande. Leur grande utilité fit que plusieurs escadrilles de Po.2 furent créées, la plupart étant pilotés par des hommes. Le Polikarpov Po-2 fut sans doute l'avion le plus construit au monde (entre 29.000 et 41.000 exemplaires...), bien qu'il fut longtemps inconnu hors d'URSS. En 1959, on en assemblait encore ! Ce vétéran reprit du service en 1950, en Corée, dans le même rôle. Les GI le surnommaient "bedcheck Charlie". Ni les Tigercat, ni les Twin Mustang, encore moins les F-82 et F-94, ne pouvaient abattre un avion si lent et si peu visible sur les scopes radar. Seul, le Vought Corsair remporta quelques succès contre cet ennemi insaisissable

L'avion du film est censé nous montrer un Po-2LNB (Lyegkii Nochnoi Bombardirovshchik), une conversion en bombardier léger pouvant emporter 200 kg de bombes diverses, avec un moteur muni d'un silencieux. L'équipage disposait aussi de fusées éclairantes pour illuminer les cibles. L'appareil que l'on voit équipé d'une mitrailleuse ShKAS de 7.7 mm servie par l'observateur, en place arrière, était un U-2LSh (Lyeghkii Sturmovik) ou U-2VOM-1, d'attaque au sol et n'emportait que 120 kg de bombes.

Le film montre quatre Polikarpov, dont un seul vole. Cet avion fut fabriqué en août 1945 et livré au Musée de Monino (Moscou) en novembre 1958, où il est exposé depuis. La décoration très simple des avions, peints entièrement en kaki, n'est pas conforme à celle des avions de l'époque, recouverts d'un camouflage deux tons vert/noir ou vert foncé/vert clair, avec les surfaces inférieures noires ou bleues. Mais il y avait de nombreuses variantes appliquées sur le terrain.

Les autres avions sont plus rares. Le fiancé de Gallya lui envoie un bouquets de fleurs, en faisant un passage bas dans un Yak-18A (construit en 1957...). Le Messerschmitt Bf-109, de type indéterminé,  qui attaque les Po-2 (les Allemands utilisaient plutôt des Bf-110 dans ce rôle) est une maquette télécommandée . Pour certaines scènes, on utilisa aussi un Polikarpov télécommandé.

 

Christian Santoir 

 *Film disponible sur amazon.fr

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