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SAINT-EXUPERY. LA DERNIERE MISSION

SAINT-EXUPERY.
LA DERNIERE MISSION

 


Année : 1994
Pays : France
Durée : 1 h 44 min.
Genre : biographie
Couleur

 

Réalisation : Robert ENRICO<
Scénario : Robert ENRICO et Marcel JULLIAN

Principaux acteurs :

Bernard GIRAUDEAU (Antoine de Saint-Exupéry), Maria de MEDEIROS (Consuelo), Frédéric van den DRIESSCHE (Mermoz), Jean-Paul COMART (Guillaumet), Geoffroy THIEBAUT (Reine), Pierre SANTINI (Daurat), Jean-François PORON (Joseph Kessel), Jean-Marie WINLING (Gavoille)

Musique : Jean MUSY
Photographie : Cyril LATHUS
Producteur : Alain CLERT
Compagnie productrice : France 2 Cinéma, France 3 Cinéma, Son et Lumière

Avions :

  • Boeing Stearman E75 (PT-13D), F-AZJR
  • Lockheed P-38J-10-LO, N3145X
  • North American T-6, F-AZHD et AZHE
  • North American P-51D-20NA Mustang, F-AZFI
  • RAF SE.5, F-AZCN et AZCY, répliques

         

Notre avis 

L’année 1994 marqua le cinquantième anniversaire du Débarquement de Normandie, mais aussi de la disparition d’Antoine de Saint-Exupéry, lors d’une mission de mapping (photo-cartographie), le 31 juillet 1944. Ce téléfilm diffusé pour la première fois sur France 3 en décembre 1994, se propose de retracer la vie du grand écrivain à travers une série de retours en arrière, concernant les points forts de sa vie : son recrutement par Didier Daurat au sein des Lignes Latécoère à Toulouse (1926), son séjour à Cap Juby (1927) en tant que chef d’aéroplace, sa tentative malheureuse de record entre Paris et Saïgon (1935), son engagement militaire en juin 1940, son exil à New York (1940-1943), son retour au sein du groupe II/33 (1943), sans oublier ses succès littéraires…C’est Bernard Giraudeau qui incarne, avec crédibilité, l’écrivain partagé entre trois passions : l’aviation, l’écriture et les femmes.

 Le film commence en Corse alors que le commandant de Saint-Exupéry, 44 ans, se prépare à effectuer une nouvelle mission de reconnaissance. Son ami, le capitaine Gavoille, tente de le dissuader de continuer à voler, vu son âge et ses anciennes blessures. Il ne veut pas lui dire que ce sera sa dernière mission. Saint-Exupéry ne veut rien entendre, bien qu’il ait de plus en plus de mal à maîtriser son avion, après de longues heures passées à haute altitude, dans un cockpit non pressurisé, à photographier la France occupée. Durant les heures qui précèdent son envol, il se remémore les moments importants de sa carrière. Il revoit ses débuts en tant que mécanicien chez Didier Daurat, puis lui reviennent en mémoire ses amis, tous morts tragiquement : Mermoz, Guillaumet, Reine…Il repense aussi à Consuelo, son épouse, et à Sylvia Hamilton, son amie américaine, à qui il a remis le manuscrit du «Petit Prince». Avant de partir, Saint-Exupéry rédige une lettre qui sera une sorte de testament...

 Ce téléfilm ne nous apprend rien de nouveau sur la vie de Saint Ex et ne fait que reprendre ce qu’on avait déjà trouvé dans « Au grand balcon » (1949) ou dans la série « l’Aéropostale » (1980), sans parler des innombrables livres et articles que l’on continue à écrire sur l’écrivain et aviateur. Le film empreint de nostalgie laisse à penser que Saint-Exupéry ne tenait plus trop à la vie et que, lui aussi, avait décidé que c’était sa dernière mission... Sa disparition mystérieuse a maintenu en haleine le public, jusqu’à nos jours. Le film semble pencher pour la thèse selon laquelle Saint Ex aurait été touché par la Flak dans les environs de Biot (témoignage du colonel Claude Jaeger), avant de s’abîmer en mer. Depuis la découverte de sa gourmette en 1998 et de débris de son avion, en 2000, près de l’île de Riou (donc, bien plus à l’ouest), on sait où son avion est tombé, mais sans savoir comment exactement, aucune unité de la Flak ou de la Luftwaffe (ni les services de renseignement alliés), n’ayant enregistré d’avion abattu à la date du 31/07/1944. Même si le mystère est partiellement élucidé (mais certains doutent encore), le suspense continue. Aux USA, ils ont Amélia, en France, on a Antoine !

Le film suit néanmoins d’assez près la vérité historique et comporte certains détails qui prouvent également que les scénaristes furent bien documentés (sauf pour l’avion de Saint Ex..voir ci-dessous). Ainsi, on voit Saint-Exupéry à Cap Juby, échanger des pilotes prisonniers contre de l’argent, des armes, mais aussi du…papier carbone ; le chef maure s’en sert comme fond de teint ! Il faut croire qu’il manquait de « guinée », ce tissu de coton empesé, bleu violet, très prisé chez les Maures et qui a la particularité de déteindre sur les mains ou le visage, en donnant à celui qui le porte, un teint verdâtre, le dernier chic chez les beïdane de Mauritanie…

Le film ne fut pas tourné en Corse, à Borgo, base du II/33, mais dans le Var (Bormes les Mimosas, le Rayol, fort de Brégançon, Cabasson…), au Maroc, et aussi, sur la base de Fréjus et le terrain de l’ALAT du Luc.

En définitive, il s’agit d’un bon documentaire romancé, que ceux qui n’ont pas le temps de lire les sept tomes de la revue Icare ou l’une des nombreuses biographies du grand écrivain, verront avec profit.

 

Les avions du film :

C’est Jean Salis qui fournit la plupart des avions vus dans ce téléfilm, avions qui ont le défaut de ne pas voler beaucoup, à cause d’un budget vraisemblablement limité… Le meeting de la Ferté-Alais de mai 1994 fut consacré à Saint-Exupéry, avec en vedette, le Lockheed P-38 de la Fighter Collection de Stephen Grey.

Lors de son test d’embauche à Montaudran, Mermoz exécute une séance de voltige sur une réplique de RAF SE.5 portant le numéro "7" (F-AZCN) et des cocardes françaises ! Une autre réplique est vue au sol avec le numéro "6" (F-AZCY). Ces deux avions furent construits en 1984, à partir de Stampes et apparaissent dans plusieurs films.

Au sol, deux North American T-6 (F-AZHD, AZHE) transformés en monoplace, peuvent passer, dissimulés sous des filets de camouflages, pour des Bloch MB.152, mais leur couleur bleu Aéronavale, les désignent plutôt comme d’anciens « Hellcat » du film « Dien Bien Phu » (1992)…Une aile de bimoteur est sans doute celle du MD.311 Flamant de l’AJBS.

Pour évoquer la mission sur Arras, le tournage utilisa une maquette volante de Potez 630 (l’avion de Saint-Exupéry était un Bloch 174). Les vues rapprochées du cockpit de cet avion sont celles d’un T-6, dont le poste arrière est équipé d’une mitrailleuse de 7.7 mm Vickers G.O. Mk.1, montée sur un support bricolé, au lieu de la MAC 1934 M39 réglementaire.

Le North American P-51D-20NA Mustang que l’on voit défiler en arrière plan, quand Saint Ex s’apprête à partir pour son dernier vol, est le F-AZFI (s/n 44-63788) de Jean Salis, acheté en 1988 à la Fighter Collection de Duxford (G-PSID). Cet avion qui avait participé au tournage de « L’empire du soleil» (1987) sous le numéro "599", volait habituellement décoré comme un avion de l’Armée de l’Air (s/n 412471, R7-Y). En 1995, il fut vendu à l’association Yankee Delta de Rennes et le 24 juillet 1998, il était entièrement détruit à la Roche s/Yon, peu après son décollage (deux morts). Dans le film il a conservé son serial, mais ses cocardes ont été recouvertes de peinture et de bande de débarquement, avec un bandeau bleu sur la dérive et une casserole d’hélice bleue.

L’avion de la dernière mission de Saint Ex est le Lockheed P-38J-10-LO (c/n 2054, s/n 42-67543, N3145X) appartenant alors à la Fighter Collection (Duxford) de Stephen Grey qui l’avait acheté aux USA en 1988, à l’état d’épave. En 1994, l’avion avait été entièrement repeint en olive drab avec casseroles d’hélices jaunes, pour mieux le protéger du climat humide de l’Angleterre. Il figurait ainsi le P-38 « California Cutie » du lieutenant Dick Loehnert en 1944. Pour le film, son nose art a été masqué et on a ajouté sur les dérives le numéro de série du Lightning reco F-5B-1-LO de Saint Ex (c/n 422-2734), « 228223 », mais celui-ci est faux ! Le serial « 228223 » était celui d’un P-47D. La production s’est beaucoup inspirée des informations contenues dans les numéros de la revue Icare, consacrés à Saint Exupéry et a reproduit le profil de P-38 figurant dans son numéro 96 « établi d’après archives du Général René Gavoille » (sic)…Le vrai serial était : "42-68223", soit "268223", et c'était celui de l’avion du capitaine Gavoille.

Plusieurs profils de l’avion de Saint-Exupéry ont été publiés (Cf. le site wings palette), mais aucun ne correspond à ce que l’on voit sur les rares photos montrant le « 268223 », de près ou de loin. Cet avion sortit du Centre de modifications Lockheed de Dallas (TX) où il fut transformé en avion reco, le 5 janvier 1944; il serait arrivé (par bateau) en Europe le 4 mars 1944 et convoyé en Afrique du Nord, le 8 mai 1944. Il fut réceptionné par le II/33 à Alghero en Sardaigne, le 24 mai. Problème : sur trois photos (publiées dans Icare) on le voit sur un sol enneigé entouré de rampants français chaudement vêtus... Où donc ces photos ont-elles été prises, et quand ? En tout cas, pas à en Afrique du Nord ou à Alghero, au mois de mai 1944, (très ensoleillé, comme on peut le voir sur les photo prises par John Phillips), ou alors en hiver, date à laquelle l’avion est censé être, ni en Afrique, ni en Europe… Si on se donne le temps d’examiner minutieusement les photos en noir et blanc, voilà à ce qu’on constate à propos du « 268223 » : il porte le nom d’« Elaine » au dessus d’une photo de femme, peinte sur le coté gauche du nez de l’avion, avec « Laura » sur le capot moteur gauche et « Gaya » sur celui de droite. Elaine n'était pas le prénom de son épouse (Sandy)…Le pilote de chasse Jack « Johnny » Walker du 97th Fighter Squadron opérant sur le théâtre méditerranéen, en 1943-44, avait l’habitude de baptiser ses P-38 de ce nom, il y eut ainsi "Elaine II", "Elaine III" (qui fut le « Elaine I » ?). Cela tendrait à prouver que le « 268223 » n’était pas entièrement neuf quand le capitaine Gavoille le prit « officiellement » en charge et qu’il avait d’abord été prêté au II/33 par une unité américaine du 3rd Photographic Group. L’avion est couleur métal, avec juste un panneau noir anti reflet devant le pare brise (et sans doute l’intérieur des capots moteurs) et le bout du nez peint (noir, rouge ?). On observe des variations selon les photos : les casseroles d’hélice sont tantôt peintes de couleur sombre (rouge ?), tantôt de couleur claire (ou métal) ; le numéro de série « 268223 » est porté en entier sur la dérive ou seulement ses trois derniers chiffres « 223 », en gros caractère. Le numéro « 223 » est porté également sur le nez (devant la fenêtre d’une caméra latérale). Pour les marques de nationalité, c‘est plus difficile, les photos ne nous montrant jamais de vues de côté ou des ailes, ou sont masquées par des personnes, mais sur une photo, l’avion, en arrière plan, n’a aucun drapeau de dérive ; comme c’était l’avion du commandant de l’unité, on peut supposer qu’on avait au moins peint les cocardes françaises sur les étoiles américaines…

Pour en revenir au P-38J de Stephen Grey, on ne peut que regretter que cette superbe machine vole très peu dans le film ; on assiste seulement à son décollage. Quand l’avion commence à rouler sur le tarmac, on remarque que l’on a oublié de rentrer l’échelle escamotable située dans le pointe arrière du fuselage…Ce P-38 fut malheureusement détruit le 14 juillet 1996, pendant un meeting à Duxford, alors que son pilote, « Hoof » Proudfoot, effectuait une série de tonneaux à basse altitude.

P-38 et P-51 sont filmés sur la base du Luc, sans doute après avoir participé à la célébration du cinquantenaire du débarquement de Provence (15 août 1944) ; le tournage du film eut lieu quinze jours plus tard. Sur la même base, faisant de la figuration en arrière plan, on aperçoit rapidement un Douglas C-47 (F-GDPP) avec insignes US et toit blanc de l’association « France DC-3 ». Cet appareil (c/n 9172, s/n 42-23310) avait participé au Débarquement et, en 1994, il participa tout naturellement aux manifestations marquant son 50° anniversaire, en Normandie, d’où ses insignes américaines. Mais l’avion avait conservé sa décoration  antérieure (toit blanc, fini métal) de « L’envolée Air Inter », cette dernière compagnie sponsorisant ses vols. Après pas mal de vicissitudes, l’avion est depuis 2004 réimmatriculé F-AZTE et appartient à la société « Dakota et Compagnie » (le nouvel avatar de « France DC-3 ») basée à la Ferté-Alais. En 2009, il volait sous les couleurs de la KLM ou d’Air France (F-BBBE).

Un Boeing Stearman E75 (PT-13D), (c/n 75-5656, s/n 42-17466, F-AZJR) joue les Breguet XIV portant les matricules « F-AHEP », puis « F-AEIN », de vrais Breguet construits par Latécoère, (n° 239 et n° 150) et exploités par la CGEA (Compagnie Générale d'Entreprises Aéronautiques); il a été pourvu d'une dérive « façon Breguet » et d’un échappement en corne, caractéristique. Il est doublé par une maquette volante. En 2010, le F-AZJR vole dans sa configuration d’origine, comme un N2S-3 de l’U.S.Navy avec le vrai faux BuN. 4273, sur la dérive.

L’évocation du passage de Saint-Exupéry à Toulouse-Montaudran, donne l’occasion de voir  de nombreux avions de la collection de Jean Salis : une réplique d’Albatros C2 (sur base de D.H. Tiger Moth), un Dewoitine D.27 (F-AZJD), un Morane Saulnier MS.AI, un Morane Saulnier MS.138 (F-AZAJ), un Polikarpov Po.2W (F-AZDB), de construction polonaise avec gouvernail tricolore et insigne Morane Saulnier sur la dérive (!), un Caudron G.III (c/n SA 33, F-AZMB) récemment restauré en 1994.

Pour le crash de Saint Ex et de Prévot en Libye, on a construit une cellule de Caudron Simoun.

Enfin, le film est émaillé de bandes d’actualités montrant les bombardements allemands de 1940, avec Heinkel 111 et Junkers Ju.87, le départ de Costes et Bellonte sur le « Point d’interrogation », la traversée de l’Atlantique par le Laté.28 « Comte de La Vaulx », l’ «Oiseau blanc » de Nungesser et Coli, le décollage du « Spirit of St Louis » de Lindbergh…

 

 Christian Santoir

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